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Novlangue est un univers totalitaire inspiré de 1984 (G Orwell)

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 Des petits trous, toujours des petits trous...

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Orthodoxe
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Sven Larson
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MessageSujet: Des petits trous, toujours des petits trous...    Lun 17 Nov 2014 - 16:09

Aujourd’hui, j’ai fait une folie, j’ai pris le train.
Un gros train bruyant rempli de passagers aussi drôles que moi. J’aurais pu me divertir.
Mais, personne ne disait rien.
J’ai regardé par la fenêtre. Gris.
Finalement tout est gris dans ce quartier. Je suis pas dépaysé.
Ma vie pourrait être un film en noir et blanc.

D’habitude je marche, je prends l’air et respire sa pollution. Ça me dérange pas. J’ai pas grand-chose à faire à part me rendre à l’usine et en revenir. Alors je marche en regardant mes chaussures pour ne pas attirer l’attention.
Mais pas cette fois, non. Quelque chose m’a poussé à entrer dans la gare et monter dans un train.
Quoi ? Je ne saurai pas le dire.

Je regarde par la fenêtre le paysage qui se déroule. Gris. Du béton sale, et gris. Des terrains vagues, des bâtiments effondrés, des devantures abandonnées et plus loin, il y aura le quartier où j’habite. Gris. Quand il n’est pas noir.
La main posée sur le dossier du passager devant moi, le bras tendu, je regarde dehors. Je me demande… non, je me demande pas. Je me demande jamais rien. Je fais, je vais et c’est à peu près tout. Je fais ce qu’on me dit. Voilà.

Et puis, j’écoute le bruit du train, saccadé, comme un mouvement répétitif, perpétuel qu’on ressent dans les pieds et dans tout le corps. C’est un mouvement qui endort…

Je me réveille en sursaut. Quelqu’un a dû bousculer mon siège. Je me suis assoupi.
Je me retourne par reflex, même pas par curiosité.
Quelqu’un s’est assis juste à côté de moi, sans faire attention à mes affaires.

Vous permettez ? Je voudrais reprendre ma veste.

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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Lun 17 Nov 2014 - 22:48

Elle s’était assise, sans penser à rien. Les cheveux lui auréolant les épaules d’une douce teinte pastel. Le flash s’était éteint, comme son regard, une fois dans le train. Le train, elle n’aimait pas ça. Trop de gens d’un coup.

Trop de possibilités à saisir, sans qu’elle puisse les saisir. Elle aurait aimé les faire sauter tous, effacer à jamais de ces visages de cire ces expressions figées. Et pourtant, elle était là. Sagement installée, parmi les autres, détonante de couleur passées au milieu de tout ce monochrome.

Elle souriait. Au vide. Par dépit. Par esprit de contradiction. Et son sourire dura jusqu’à ce que l’énergumène assis à côté d’elle décide subitement de revenir à la vie.

Elle manqua sursauter, reprit contenance, et le dévisagea, sourcils arqués en une ligne interrogatrice. Sa veste ? De quoi parlait-il ? Elle cligna des paupières, mettant quelques secondes avant de réaliser de quoi il parlait.

Avec une moue décontractée, elle se décala légèrement, mettant le vêtement en évidence sans montrer la moindre intention de le lui rendre elle-même :

« Ben prends la, ta veste. Qu’est-ce que tu m’emmerdes à demander ? »

Trop perdue dans ses pensées. Elle ne l’avait pas venue venir celle-là. De toute façon, faire attention aux autres, c’était pas son truc. Enfin, pas comme ça. Pas de manière à se faire bien voir. Elle haussa les épaules, le fixa résolument, et siffla entre ses dents, sans se donner la peine de paraître aimable mais d’un ton radouci, bas, pour n'être entendue que de lui :

« Bon. Encore un cerveau mou ? T’es comme eux ? La tête vide ? Rien dans l’citron hé. C’est triste. Enfin. Moi, j’trouve ça triste. C’est vrai, ça craint. Mais p’têtre qu’un jour, tu t’réveilleras, qui sait. Tous les espoirs sont permis puisqu’aucun n’aboutit. »

Lentement, elle esquissa un nouveau sourire. Un sourire sans chaleur, mais un sourire quand même.

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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Mar 18 Nov 2014 - 14:14

Elle me dérange. C’est la première pensée qui m'est venue sans même la regarder. En vérité, je regardais devant moi quand elle m’a parlé pour ne pas l'entendre. J'aurais pu me boucher les oreilles, mais j'ai oublié de le faire.

Gêné, embarrassé, mais pourquoi me parle t-elle ? Personne ne se parle jamais ici, ou seulement pour demander si la place est prise. Personne, non personne.
Et je deviens nerveux, j'ai moins moites et je les aisselles qui s’auréolent. Je ne sais pas comment réagir, elle est grossière… Il faudra eu je nettoie ma chemise. On… on pourrait se faire remarquer et ça, je ne veux pas. Ce serait très dangereux.

Je reprends nerveusement ma veste et bafouille un merci rapide. Je la plie soigneusement comme s’il s’agissait du bien le plus précieux au monde, en tout cas, pour moi, à cet instant c’est l’objet le plus précieux au monde. Je la plie en reformant chaque plie et la pose sur mes genoux les mains posées sur elle.
Je me raidie sur mon siège, droit comme un piquet qui veut surtout pas se faire remarquer.

Taisez-vous !
Vous allez nous faire remarquer !
Je… il ne faut pas parler comme ça, vous comprenez ?
Maintenant… laissez-moi tranquille.


Je serre ma veste entre mes poings qui la froissent. Je regarde partout sauf elle, et puis la fenêtre, oui c’est bien la fenêtre, dehors tout est gris, tout...
J’oublie tout, j’oublie tout… tout est normal, il ne s’est rien passé, ce soir je mangerai ma soupe, toujours la même, toujours le même gout, toujours à la même heure. Voila, et ce sera parfait, comme toujours. Elle n’est plus là ?
Je reste figé le regard qui fixe dehors, le gris, tout est gris. Je n’ose pas regarder si elle est partie, ou si des NOD nous ont entendu, ou les autres passagers. Ils pourraient nous dénoncer, je ferai la même chose. C’est ce qu’il faut faire. Mais je n’y suis pour rien, c’est elle, moi je n’ai rien fait... mon dieu mais qu’est-ce que je vais dire aux NOD quand ils vont m’interroger… mais pourquoi s’est-elle assise à côté de moi ?, il y a beaucoup de place libre alors pourquoi moi, pourquoi….

Vous êtes encore là ?
Mais partez, allez-vous en !
Je ne veux pas d’ennui, vous comprenez ?
Et ne dites rien, s’il vous plait ne dites rien et... et partez.


J’ai osé me tourner pour voir si elle est encore là. Mais vite, juste un mouvement de tête, le temps de voir et regarder si les NOD sont déjà là et je retourne à mon attitude de silence, de celui qui n’est rien, un parmi les autres, pas un tout seul, non parmi tous les autres.


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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Mer 19 Nov 2014 - 23:46

Elle ne le quitta pas des yeux. Pas une seconde. Même quand il fit mine de l’ignorer. Même quand elle n’eut plus rien d’autre à fixer qu’un profil austère.

La rebuffade était prévisible. Pourtant, pourtant, elle sentait quelque chose. Là. Juste là. Derrière ces sourcils indifférents. Peut-être n’était-il pas perdu ?

Il était trop tôt. Bien trop tôt pour le dire.

Elle soupira. Il lui avait dit de se taire. Il lui avait dit de partir. Trop facile, et la facilité, c’est bon pour les sans-cervelles, ces autres, là, qui l’entourait et l’oppressait peu à peu.

Alors elle ne bougea pas, campée sur sa position, droite, fière. Insensible à la détresse visible de son voisin. Intéressant personnage, touchant dans sa panique malhabile.

Subitement, elle tendit le bras, lui effleurant l’épaule en affichant son amusement :

« Respire, mon chat. J’suis lucide, pas suicidaire. »

Sa main se fit plus ferme, son étreinte plus précise, pressante. Regarde-moi, semblait-elle lui indiquer par la simple pression de ses doigts fins refermés avec autorité.

« Cesse donc de fuir. Et ne me fuis pas, moi. S’il te plait ? » d’exigeante, sa voix s’était faite fragile. Sensible.

Sous les dehors revêche pointait une féminité timide qui se fanait de ne pas servir.
La réaction. Celle qui peut tout changer. Elle l’attend. Elle l’appelle. De tout son être.

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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Sam 22 Nov 2014 - 10:40

Panique à bord, elle vient de me toucher. Tous les voyants sont au rouge, ma cervelle n’est plus qu’un champ de gyrophares rouges qui clignotent à tout berzingue. Je suis seul, célibataire, je travaille, j’avale mon bol de soupe et je dors et je bois mon Nesquik, et je…

Pour… pourquoi me dites-vous ça ?
C’est… taisez-vous ! Pas ici… trop de monde… je veux pas d’ennui…
Je… partez, laissez-moi…


J’aime ma vie, j’aime ma vie… j’aime… j’ai oublié la signification de ces mots, de ce mot « aimer ».
Pourquoi ? Pourquoi… pourquoi ne me laisse-t-elle pas tranquille ?
Le train est plein et c’est moi qu’elle a choisi de venir ennuyer ? Elle va m’attirer des ennuis, et puis se sera terminé… ma soupe, mon Nesquik, les informations le soir sur mon écran.

Je…

Je ne fuie pas.
Qu’est-ce que j’ai à fuir ?
Quelles raisons j’ai de fuir ?
J’ai ma vie, mon travail, je vérifie la qualité à l’usine, c’est un bon travail, j’ai mon appartement même s’il ne m’appartient pas, j’y suis… bien.


Je pense à mon bol de soupe le soir, à mon bol de Nesquik le matin…

Et vous ? Vous ne travaillez pas à l’usine ? Vous avez l’air… diffèrent.
Qui êtes-vous ?
Non, non… je n’aurais pas dû, ne dites rien, surtout ne dites rien, je ne veux pas savoir, je crois que vous êtes…
Laissez-moi, partez…
Partez vite.


Je me tourne vers la fenêtre, là où tout est gris, où rien n’est beau, mais j’ignore le beau et le laid, et c’est comme ça, ça ne me dérange pas, tout ça n’a pas d’importance.
Je perds la tête, pourquoi je lui parle, je veux pas d’ennui, je veux ma soupe, mon Nesquik…
Je n’ai besoin de rien d’autre.

Soudain...


J’ai mal à la tête… mon cœur bat dans mes tempes… ça fait mal…
Je ne peux m’empêcher de prendre mon crane abruti entre mes mains et serrer fort, et serrer les yeux, et serrer mon cœur dans ma tête qui bat une chamade insupportable et qui fait mal, qui fait mal…
Arrêtez ça, pitié, j’ai mal, les warning sont aux rouges, je vais me faire repérer, arrêter, je veux pas qu’on me touche, soupe, Nesquik…  j’ai mal….
J’aime ma vie, j’aime marcher dans la rue après mon travail à l’usine, c’est un bon travail ; classer, tamponner, je suis responsable de la qualité, je suis un bon élément, et…

Avant, jetais heureux… avant, j’écoutais le piano dans le salon, celui qu’on avait encore, celui sur lequel ma mère jouait des airs que j’écoutais des heures entières.
Je restais près d’elle et je regardais ses mains sur les touches en ivoire, je regardais fasciné, j’aimais ses mains blanches, la transparence de sa peau, les notes qu’elle faisait danser dans la pièce, ces notes qui restaient gravées dans ma tête d’enfant, ces notes que j’ai toujours là, enfoui…

J’ai mal à la tête…
Laissez-moi…
Partez.

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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Jeu 27 Nov 2014 - 3:32


He’s burned down many a bridge
And he’s scared of walking in the dark
It hurts when the rain falls on his skin

Oh he is worn out from marching
And he’s forgotten for what he’s searching
Yet he keeps up the stride
God knows that he won’t arrive


Le toucher. Le ressentir. Douceur assassine d’un interdit doux-amer. Les questions tournoyaient dans son esprit. Liberté chérie, quand vais-je cesser de payer ton prix ? Cet homme était un miroir déformant qui lui renvoyait sans pitié l’image d’une humanité agonisante.
Elle plissa les yeux, gênée. La vision était trop forte, envahissante. Elle la repoussa, tant bien que mal, aiguisant sa concentration sur cet étrange voisin. Il n’avait d’ailleurs d’étrange que sa différence, une différence qu’ils partageaient tous, ici, et dont elle seule était privée. Par choix.
Partir. Partir. Elle ne faisait que ça. Comme lui ? Ils avaient en commun l’existence, et la solitude, mais elle était vie quand il était nuit. Elle soupira, bruyamment. Et ne bougea pas.

« Tu te lasseras avant moi, je t’assure. Inutile de radoter, donc. Parle-moi de toi ? Qui es-tu ? Un mot. Un mot seul, et tout s’arrête, pour mieux recommencer. Pourquoi endurer, toujours, alors que l’ailleurs peut-être tellement plus clément ? Dis ? Que crois-tu que je suis…»

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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Jeu 27 Nov 2014 - 18:43

Il n’eut pas le temps de répondre à ses questions. Le train freina brusquement entrainant une partie des passagers vers l’avant. Encastrés les uns dans les autres comme des marionnettes pliées, entassées dans un coffre à jouets. Ceux qui étaient debout. Les autres, ceux assis, sont restés assis, malmenés, mais assis. Certains dont le visage avait heurté le siège en face, étaient blessés et saignaient. D’autres avaient simplement peur et se laisser submerger par la panique.

L’implant prive du plaisir mais pas de la peur. Et les gens qui ont peur, paniquent. C’est ce qui se passe maintenant dans ce train qui s’est arrêté trop vite.
Ils se lèvent et cherchent une issue, la solution à leur peur : sortir du train. Comme si c’était l’unique solution. Fuir. Mais au fond, c’est l’histoire de leur vie, fuir la réalité oppressante et se réfugier dans un bol de soupe le soir, un bol de céréale le matin, s’y accrocher si fort que ça devient le sens de leur vie. Un rituel pour assommer une vie insupportable qui rendrait fou n’importe qui. S’endormir au rythme callé sur l’horloge sans changer le moindre iota jour après jour inlassablement. Ne pas penser, ne pas  réfléchir, et continuer à lécher cette infecte léthargie morbide sans approcher la folie qui guette le moment, le bon moment, la faille par laquelle elle glissera ses appendices pour saisir l’esprit qui défaille parce qu’il a compris sa propre misère.

Quand le train a freiné, elle s’est cognée le front sur le siège en face. Maintenant, son visage est tourné vers Sven, les yeux fermés. Elle respire, sa poitrine se soulève et s’apaise allégée. C’est ce qui l’a empêché de paniquer comme tout le monde et fuir, bousculer les autres pour atteindre la porte, l’issue, et sortir à tout prix. Tant pis s’il a fait tomber quelqu’un, un enfant, un vieillard, une femme un peu fragile. L’important est de sortir, fuir de ce qu’ils croient tous être l’enfer. Quelle ironie, devant leurs vies sans intérêt, leur enfer quotidien qui ne porte aucun nom de démon, aucun diable aucun Satan pour faire illusion. C’est seulement une histoire d’Homme.

Il reste un instant à la contempler. Il la trouve jolie, presque à son gout. Il le pense. Peut-être dans ses souvenirs ?
Il pose une main sur sa joue, et avec son pouce il essuie un léger filet de sang qui a coulé d’entre ses lèvres, juste là, à la commissure abimée.
Il reste un moment à la contempler sans comprendre ce qu’il fait, sans comprendre la signification de son geste ni sa portée.
Mais il y a ce qu’il sent sous ses doigts, la peau tiède et douce.
Il ignore ce qu’il ressent. Il ne peut comprendre ce qu’un implant lui interdit de connaitre. Pourtant, il le reconnait. Le plaisir qui filtre à travers l’imperfection d’un implant fait par la folie des Hommes.

Enfin, il décide… il décide que c’est le moment de sortir de ce train qui s’est arrêté trop vite.
Il la regarde une dernière fois, et retire sa main comme s’il pouvait la réveiller, comme si soudainement c’était la chose à faire, ou ne pas faire, la chose la plus importante au monde.
C’est idiot, surréaliste. Mais pour la première fois depuis son implantation, il fait quelque chose qui a un sens.

Il l’enjambe délicatement et la prend dans ses bras pour la porter, prenant soin de protéger son visage, que sa tête ne roule pas, qu’elle ne se blesse pas encore une fois.
Et puis, il l’emporte dehors, la sortie, les autres, ceux qui ont paniqué pour fuir un enfer sans réaliser qu’ils n’ont jamais cessé d’être en enfer.

Là dehors, personne ne sait quoi faire. Les yeux se cherchent, les regards affolés, loin des quais, loin de l’organisation, de leur routine abrutissante.
Mais Sven sait.
Pour la première fois, il sait ce qu’il doit faire.
Alors, il marche le long des voies laissant derrière lui les autres.
Il marche loin des sentiers battus qu’il connait parfaitement, en prenant soin de ne pas la réveiller. En la regardant parce qu’il la trouve jolie, presque à son gout.
Sans savoir où il va.
Pour la première fois.

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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Mar 2 Déc 2014 - 21:47

Le fracas, puis le choc. Les cris, l’angoisse. Puis le silence. Un silence si doux, si tentateur, qu’elle s’y noya. Sans un mot, ondes dansant sous ses paupières closes, elle sombra sans même en avoir conscience, baissant le rideau sur ce nouveau spectacle absurde.

Elle ne vit rien. Ne sentit rien. A part la légèreté soudaine, après toute cette épuisante agitation. Elle volait, sans doute, puisque son corps lui était imperceptible. Aussi délicate et fragile qu’une fleur, dans les bras qui l’emmenaient.
Un murmure, un son, inarticulé et aussi discret qu’était voyante son apparence s’échappa de ses lèvres entrouvertes.
Le silence, maintenant, l’oppressait. Quelque chose, l’instinct, sans doute, la poussait, la forçait à sortir de cette torpeur trompeuse.

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle ne discerna d’abord que le ciel. Puis le lent balancement des pas de son porteur. Son… ? La raison lui échappait, la laissant incapable d’ordonner le puzzle éclaté qu’elle appelait réalité. Où était-elle ? Que s’était-il passé ? Qui était-il ? Que faisait-elle dans… ses bras ?

L’effort qu’elle fit pour se souvenir lui fit battre douloureusement les tempes. Puis survint le choc, la réminiscence et la foule d’images brutales. Le son revint en même temps que les flashs désordonnés des quelques minutes ayant précédé sa perte de conscience.

Elle se retrouva les deux pieds sur le sol et la tête tournant joyeusement en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les prunelles braquées sur l’homme qui l’avait portée. Chat sauvage, elle se hérissa tardivement à l’idée du contact imposé, mais se calma presque aussitôt.

Avec le rappel des derniers moments venait celui de la tâche qu’elle s’était attribuée en le voyant là, si solitaire, si démuni. Sans se gêner, elle lui accrocha le bras, l’entraînant à sa suite sans un regard en arrière.

Elle était transparente pour tous ceux qui comme lui ne voyaient du monde que ce que laissaient filtrer leurs œillères. Mais elle avait senti, avait découvert en cet être monochrome une pointe colorée qui ne demandait qu’à s’étendre.

« Appelle-moi Versus, si ça te chante, car rien n’est plus approprié à la direction que je veux te voir prendre. Je suis la réponse, et le changement que tu attends sans le savoir. Ou peut-être que je ne suis rien, rien de plus que toi finalement, et que mon aveuglement se manifeste autrement. En tous les cas, viens, je dois te montrer quelque chose. »

Son prénom ? Versus suffirait. A son image, le mot représentait tout ce qu'elle était.

Elle lui frôla la hanche en marchant près de lui, trop près, provoquant avec toute sa simplicité ce qu’elle savait en latence juste sous la surface lisse et monotone qu’il montrait.

Secouée elle avait perdu le fil de ses interrogations, mais la mémoire si imprévisible lui revenait et lui chuchotait ces mots qu’elle lui avait offert. Auxquels il n’avait eu le temps de fournir la moindre réponse. Mais chaque chose en son temps.

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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Jeu 18 Déc 2014 - 15:10

Elle s’est échappée de mes bras, légère comme une plume
Qui est-elle, elle est étrange, elle est pas comme moi.

Mais qu’est-ce que j’ai fait… je panique à bord, tous les gyrophares sont au rouge, ça clignote des dangers rouge et gras en gomme à mâcher dans toute ma cervelle. Mon cerveau va exploser, c’est sur, et plus jamais je n’aurai un bol de soupe, ni mes céréales le matin. J’ai peur, je tremble ; ça doit se voir ? Ça se voit ?
Qu’est-ce que je fais là, mais pourquoi j’ai quitté ce train, pourquoi ?
Je suis fou, ça y est. Maman m’avait raconté un jour que dans la famille on avait un gène tordu, un gène qui déforme la personnalité, un gène héréditaire. C’est mon tour, le gène est en moi. Je suis le canard boiteux, le petit noir de la famille.

Vous n’êtes pas comme moi. Vous êtes des leurs… ceux qui contestent la loi…
Si on me voit avec vous, ils me feront quoi ? Je perdrai mon travail à l’usine, j’aurai plus ma vie, je perdrai tout.
Vous le savez ?
Et vous voulez que je vous suive…
Vous êtes égoïste ?
Vous êtes mauvaise ?
Vous savez que je perdrai ma vie si je vous suis mais ça ne vous pose aucun problème.
Pourquoi êtes-vous comme ça ?


Je la suis en parlant, jusqu’à ce qu’elle frôle ma hanche.
Là, tout change, tout redevient comme dans le train avant qu’elle ne glisse de mes bras, qu’elle s’échappe. Comme si je pouvais être méchant ou simplement dangereux.
Tout mon contraire.
J’ai envie de la prendre dans mes bras
Sentir son contact
Ce que j’avais oublié
Comme une relique qui ressurgie de loin, trop loin pour faire mal, trop loin pour faire du bien
Mais le souvenir des sens, inclassable, inexplicable
Le souvenir…
Ce que la peau ne peut oublier
Ce que l’âme garde là, prisonnière dans une prison informatique
Où l’électronique écrase entre ses lois impénétrables
Celles d’un seigneur fabriqué de toute pièce et implanté.

J’ignore tout ce qu’elle inspire, ce quelle réveille en moi
J’ignore ce que c’est, je ne le ressens pas
Je le pressens
Seulement des souvenirs
Des mots et d’autres entrelacés en vrac
Des cris et des joies que je ne suis plus capable de comprendre
C’est idiot, mais…
Je ris
Ou plutôt, j’essaye
Je mime un rire
Je serre les lèvres et tire sur mes muscles pour forcer mon visage à prendre cette forme, ce schéma morphologique que mon âme prisonnière essaie désespérément de me dire.

Je continue à marcher, je la suis
Les gyrophares sont au vert, je suis apaisé
Parce que nos doigts se sont touchés
Parce que j’ai saisi les siens
Ou un seul de ses doigts
On se tient du bout du doigt en marchant.

J’ai le souvenir, maintenant, j’en suis sur, j’ai le souvenir que c’est agréable
C’est ce que je veux retrouver
C’est pour ça que je la suis.
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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Mar 6 Jan 2015 - 19:00

L’ignorance vaut mieux que l’explosion qu’elle sentait venir. Aussi ignorait-elle avec acharnement le moindre de ses mots, jusqu’à ce qu’ils atteignent un endroit sûr. Bientôt.

Ils avalaient la distance.

Il parlait.

Elle se taisait.

Lorsqu’enfin se profilèrent les sombres silhouettes des bâtiments annonçant la fin du voyage, elle ralenti le pas, raffermi sa prise sur le doigt relié au sien, et murmura dans un souffle mâtiné de colère contenue :

« Ne porte pas sur moi des jugements dont tu ignores la portée, je ne peux t’offrir que des mots que tu n’es pas capable de comprendre. Patience. La fin est proche. »

Sa voix se radoucit, retrouvant sa légèreté cristalline alors qu’elle entraînait son compagnon à l’intérieur des murs, lui faisant franchir un escalier au gris maculé de taches d’origines douteuses avant de le guider jusqu’à une petite porte ne tenant que miraculeusement sur ses gonds.

« Nous sommes arrivés. »

Elle la poussa doucement, d’un geste appuyé et presque tendre, invitant l’homme à la suivre avant de refermer derrière eux.
Assurée de leur tranquillité à venir, elle se détendit de manière significative, et un sourire pâle vient ourler ses lèvres alors qu’elle se postait face à l’individu qu’elle avait ramassé.

Là, les poings sur les hanches, nez relevé pour pouvoir le dévisager à son aise, elle le contempla sans rien dire, scrutant de ses prunelles attentives les moindres détails du physique s’offrant à son regard.

Quelque chose au fond des yeux, parce que c’est toujours là que si situe l’importance d’un être, quand importance il y a. Elle avait beau ne pas le connaître, elle ne doutait pas que ce qu’elle s’apprêtait à faire lui soit bénéfique.

Parce qu’il le fallait.

Parce qu’elle n’en pouvait plus des fantômes, et de cette croix impossible qu’ils traînaient derrière eux.

Elle se détourna de lui sans rien dire, ne lui offrant nul verdict, avec un petit soupir et entreprit de fouiller dans le tas de linge entassé non loin, sur le sol.

Toujours sans un mot, elle revint près de son invité, brandissant un petit objet qu’elle lui montra brièvement avec un sourire de connivence :

« Ceci, est la clé. Ceci peut tout changer. Mais le choix t’appartient, je ne suis que le catalyseur. Que choisis-tu petit spectre ? La grisaille ou l’éclaircie ? Le confort, ou la vérité ? Le silence, ou la vie ? »

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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Mar 13 Jan 2015 - 15:54

Il la suit accrochée à elle par un lien fragile et matérialisé par deux doigts serrés l’un avec l’autre.
Il est comme un chien avec plus d’intelligence. Un toutou qui suit parce qu’on le traine par sa laisse, ici, la laisse c’est le lien et les souvenirs qu’il concentre.
Sven lui, il ne sait rien de ce qui se passe, rien de ce qui se joue, cette scène qui se déroule finalement malgré lui, presque contre sa volonté. De toute façon, sa volonté est étouffée par une camisole électronique qui trame sa cervelle de gentil chien. Il pourrait mordre et faire mal, mais jouir, non.
Sa vie n’est rien, sans intérêt sans aucun sens, vide et lisse comme une queue de billard.
Il n’a ni rêve ni envie, en tout cas, rien de conscient. Mais il la suit. Bientôt, il fera ouaf si elle lui montre un badge gouvernemental.
Et il lui réclamera son bol de soupe et celui du matin avec des céréales.

Sven obéit aux souvenirs qui le guident et raniment quelque chose en lui qu’il ne comprend plus, et il la suit jusque derrière cette porte qu’elle referme sur eux.
Il observe. D’abord l’endroit, mais il n’a aucun avis. En tout cas, rien de tranché. Ensuite, c’est elle qu’il observe avec cette petite chose qui l’a guidé jusqu’ici. Pas de de la curiosité, son implant ne lui permet pas, mais les souvenirs que son inconscient tente de faire vivre à nouveau en lui, dans sa cervelle déboussolée. Parce que c’est ça, ce qu’il vit dans son esprit, un Hiroshima d’émotions prises entre les feux d’un implant inhibiteur et la folie de vouloir émerger à nouveau et libres. Libre de ressentir le plaisir.

Quand elle lui parle, il s’effondre et prend sa tête entre ses mains. Ça fait mal dedans.
Ça fait mal Hiroshima. Ça fait mal quand quelque chose de contenue trouve une clairvoyance.
Dans sa tête, il s’accroche à un bol de soupe et un bol de céréale, un rituel vital qui berce son quotidien, l’ordinaire absolument ennuyeux d’un animal qui ne rit plus, qui ne pleure plus, qui a oublié le gout des belles choses, la musique, tous les Arts, un dessin sur un mur, un trait d’humour dans ce monde balisé par la pourriture et les ordures. Ou un regard.
C’est Hiroshima dans sa tête… Et ça fait mal.

Ça fait mal quand on sait plus qui on est, ce qu’on veut, où on va. Quand on sait plus si c’est ça, qu’il faut faire. Quand on doute, et qu’un implant brouille les pistes.
Ça fait mal, et Sven s’écroule par terre. D’abord à genoux, les mains en étau qui écraseraient sa cervelle s’il en avait la force, et le courage. Puis, le reste, tout le reste, tout son corps qui s’enroule et se recroqueville pour former une boule serrée, écrasée sur elle, pour n’être plus rien, pour ne plus ressentir, ne plus exister, et faire taire ce bruit insupportable qui l’assaille et broie son cerveau. Le bruit des doutes.

C’est compliqué de faire un choix quand on ne vit pas et que ça dure depuis des années.
Sven a déjà décidé, mais l’accouchement est douloureux. Il n’est pas stupide, juste un chien même pas enragé. Pas un mouton, sinon, il aurait dénoncé la jeune Insurgée. Il aurait appelé à l’aide, il l’aurait désigné avec sa main, son doigt pointé sur elle.  Ils l’auraient probablement arrêté, et Sven dégusterait son bol de soupe dans son petit appartement sans fenêtre, ou presque.
A quel moment, il a fait le choix ? C’est difficile à dire, peut-être qu’il était prêt, tout simplement. Parce que tout à trop duré, et qu’il aurait mis fin à ses jours sans cette rencontre dans un train.
Peut-être que c’est la bonne personne, celle qu’on ne choisit pas mais qui nous choisit. Un hasard heureux.

Il se détend peu à peu… Hiroshima mon amour ? Qui sait, pas lui en tout cas. Il pourrait le supposer, il ne ressent pas, c’est pas la même chose. Il sait que des gens s’aiment, même s’il ignore ce que ça fait.
Il reste allongé sur le sol, prêt.


Fais ce que tu as faire.

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MessageSujet: Re: Des petits trous, toujours des petits trous...    Mar 24 Fév 2015 - 13:40

Après avoir poireauté comme un con, Sven ramasse ses petites affaires, et se barre par la fenêtre. Pour une fois qu'il prenait son courage à deux mains, il s'est fait planter là. Pas cool ça.
En partant, il a du balancé deux ou trois petites choses pas très propres, le genre de gros mots qu'on ne trouve pas habituellement dans la bouche d'un orthodoxe castré... juste des putains de gros mots est autres gentillesses pour avoir perdu son temps inutilement. Il a aussi baragouiné un truc sur le respect des uns et des autres et aussi un petit mot du genre "pétasse" mais ça n'engage que lui hein. Sven est gentil mais faut pas pousser mémé dans les orties. A force ça pète les couilles les gens mal élevés et aussi francs qu'un âne qui recule.
Autant dire que Sven a les boules.
Mais ça fait rien, la petite Versus a oublié son existence et qu'il allait faire la chose la plus importante de sa pauvre vie.
Et au fond, on s'en fout de Sven, c'est pas comme s'il était animé par une vraie personne.

Donc, il se casse par la fenêtre pour aller écrire avec une personne fiable et polie, franche et qui va pas se tirer sans rien dire par manque de franchise, de courage ou simplement de RESPECT.

Et moi aussi, j'ai les boules de voir des putains de joueurs venir se la péter ici, et se barrer sans un mot par manque de RESPECT. Vous faites chier et c'est naze.
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